Et si tu prenais enfin le temps de faire ta muhâsabah ?
As-tu déjà entendu parler de la muhâsabah ?
Peut-être que tu l’as déjà pratiquée… sans même savoir qu’elle portait ce nom.
Pourtant, la muhâsabah est une habitude à laquelle le Prophète ﷺ et les pieux prédécesseurs accordaient une immense importance.
Une habitude simple, mais qui peut complètement changer notre manière d’avancer dans la vie.
Parce qu’il est facile de passer d’une année à l’autre sans jamais s’arrêter.
On termine un programme, on commence un nouveau projet, on prend de bonnes résolutions, puis les semaines défilent.
Et avant même de s’en rendre compte, une nouvelle rentrée est déjà là.
Mais une question mérite d’être posée : Comment espérer vivre une année différente si l’on ne prend jamais le temps de comprendre la précédente ?
C’est justement tout le sens de la muhâsabah.
Prendre un moment seule avec soi-même, faire le point, regarder honnêtement où l’on en est.
Non pas pour culpabiliser ou ressasser le passé, mais pour avancer avec davantage de clairvoyance et de sincérité.
À l’approche de la rentrée, beaucoup préparent leurs fournitures, leur emploi du temps ou leurs nouveaux objectifs.
Mais combien prennent aussi le temps de préparer leur cœur ?
Qu'est-ce que la muhâsabah ?
Le mot muhâsabah (المحاسبة) provient du verbe arabe حاسب, qui signifie notamment :
- demander des comptes ;
- faire le bilan ;
- examiner ;
- évaluer.
Autrement dit, faire sa muhâsabah, c’est prendre un moment pour faire son propre bilan.
C’est s’arrêter quelques instants afin de regarder son année avec sincérité.
Qu’est-ce que j’ai accompli ?
Qu’est-ce que j’ai délaissé ?
Pourquoi ai-je réussi certaines choses… et échoué dans d’autres ?
Quels efforts ont réellement porté leurs fruits ?
Et surtout…
Comment puis-je faire mieux demain ?
La muhâsabah n’est pas un exercice réservé aux personnes qui traversent une période difficile.
Elle concerne chacun d’entre nous.
Car même lorsque tout semble bien aller, il reste toujours une question essentielle : Est-ce que je me rapproche réellement d’Allah ?
Faire sa muhâsabah demande du courage
Soyons honnêtes, ce n’est probablement pas l’exercice le plus agréable.
Se retrouver seule face à soi-même n’est jamais évident. Personne n’aime voir ses manquements. Personne n’aime reconnaître qu’il aurait pu faire mieux.
Nous avons naturellement tendance à regarder vers l’avenir, à penser au prochain objectif, à la prochaine formation, au prochain Ramadan, à la prochaine rentrée.
Toujours plus loin, comme si le simple fait de tourner la page suffisait à repartir de zéro.
Pourtant, avancer sans jamais regarder derrière soi, c’est souvent prendre le risque de refaire exactement les mêmes erreurs.
C’est un peu comme une personne qui emprunte un mauvais chemin mais refuse de consulter la carte.
Elle continue d’avancer, mais elle ne se rapproche jamais réellement de sa destination.
Il en est de même dans notre cheminement vers Allah.
Nous pouvons multiplier les projets, les cours ou les bonnes intentions, mais si nous ne prenons jamais le temps d’observer notre état, de corriger nos habitudes et de comprendre ce qui nous freine, il devient difficile de progresser durablement.
C’est précisément pour cette raison que les pieux prédécesseurs avaient l’habitude de se remettre constamment en question.
Ils savaient que le cœur change rapidement.
Ils savaient aussi que personne n’est à l’abri de la négligence.
La muhâsabah était donc pour eux un moyen de rester vigilants, de renouveler leur intention et de corriger leur trajectoire avant que les écarts ne deviennent trop importants.
La muhâsabah faisait partie de la voie du Prophète ﷺ
Cette remise en question permanente ne relève pas du développement personnel.
Elle fait partie intégrante de notre religion.
C’est d’ailleurs ce que rappelait ʿUmar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) lorsqu’il disait :
« Faites votre propre examen de conscience avant d’être appelés à rendre des comptes. Pesez vos œuvres avant qu’elles ne soient pesées pour vous. Et préparez-vous pour la Grande Présentation, le jour où vous serez exposés et où rien de ce qui vous concerne ne sera caché. »
Traduction rapprochée, rapporté par Ibn Abî Shaybah dans Al-Muṣannaf, n° 34459.
Cette parole résume à elle seule l’importance de la muḥāsabah. Le croyant ne se contente pas d’attendre le Jour des comptes : il prend l’habitude de s’évaluer ici-bas, avec sincérité et lucidité.
Se remettre en question aujourd’hui, c’est se préparer à rencontrer Allah demain. C’est prendre le temps d’observer son quotidien, ses œuvres, ses manquements et ses progrès, sans laisser les jours s’écouler dans l’insouciance.
Alors, pose-toi cette question :
Qu’ai-je réellement fait de cette année qu’Allah m’a accordée ?
La rentrée approche… et si tu en profitais pour faire le point ?
Sans que l’on s’en rende vraiment compte, une nouvelle année s’est écoulée.
Les mois ont défilé, les saisons se sont succédé, et aujourd’hui, la rentrée approche déjà.
Pour beaucoup, cette période est synonyme de nouveaux départs.
On achète un nouvel agenda, on réorganise son emploi du temps, on se fixe de nouveaux objectifs.
« Cette année, je vais enfin être régulière dans mon Coran. »
« Je vais reprendre les cours. »
« Je vais mieux gérer mon temps. »
Toutes ces intentions sont belles, et il faut les préserver.
Mais avant de remplir ton agenda de nouveaux projets, prends quelques instants pour regarder ce qui s’est passé cette année.
Car si certaines habitudes t’ont empêchée d’avancer jusqu’à présent, elles risquent de refaire leur apparition demain… à moins de les identifier.
La muhâsabah sert justement à cela.
Elle t’aide à comprendre ce qui t’a rapprochée d’Allah, mais aussi ce qui t’a freinée, afin d’aborder cette nouvelle année avec davantage de lucidité.
Ce n’est donc pas un regard tourné vers le passé par nostalgie.
C’est un regard tourné vers le passé pour mieux anticiper l’avenir.
Tu ne sais pas par où commencer ? Voici quelques questions :
Il n’existe pas une seule manière de faire sa muhâsabah. L’essentiel est d’être sincère avec soi-même.
Choisis un moment où tu ne seras pas dérangé, éloigne ton téléphone quelques instants, prends un carnet, et laisse-toi le temps de réfléchir.
Tu peux commencer par te poser ces questions :
Quelle place le Coran a-t-il occupée dans ma vie cette année ?
- Le Coran est-il resté une priorité ?
- Ai-je été régulier dans ma lecture ?
- Ai-je avancé dans ma mémorisation ?
- Ai-je été assidu dans mes révisions ?
- Est-ce que je comprends davantage ce que je récite aujourd’hui qu’il y a un an ?
Qu'ai-je fait de la science qu'Allah m'a accordée ?
Nous aimons apprendre, écouter des rappels, suivre des cours, lire des livres.
Et c’est une immense faveur qu’Allah accorde à celui qu’Il veut.
Mais la véritable question est :
Qu’est-ce que cette science a changé chez moi ?
Le Prophète ﷺ nous a appris que nous serons interrogés sur notre science et sur ce que nous en avons fait.
Il ne suffit donc pas d’accumuler les connaissances.
La science est faite pour transformer notre cœur, notre comportement et nos adorations.
Demande-toi par exemple :
- Qu’ai-je réellement retenu cette année ?
- Quels enseignements ai-je mis en pratique ?
- Est-ce que mon comportement a changé grâce à ce que j’ai appris ?
Car une science qui ne produit aucun effet mérite d’être interrogée.
Mon comportement s'est-il amélioré ?
- Es-tu plus patient qu’il y a un an ?
- Plus reconnaissant envers Allah ?
- Plus indulgent avec les autres ?
- As-tu appris à mieux gérer ta colère ?
- À surveiller davantage ta langue ?
- À préserver ton temps ?
Ces changements sont ceux qui témoignent réellement du travail que la science accomplit dans notre cœur.
Qu'est-ce qui m'a empêchée d'avancer ?
Est-ce que certaines habitudes prennent une place qu’elles ne devraient pas ?
Peut-être que ce sont les réseaux sociaux, le manque d’organisation, la procrastination, la fatigue, les fréquentations, le fait de vouloir en faire trop d’un coup.
La muhâsabah demande de l’honnêteté, pas pour se juger durement, mais pour identifier les véritables causes de nos difficultés.
Comment puis-je faire mieux cette année ?
- Quelles habitudes dois-je absolument conserver ?
- Lesquelles dois-je abandonner ?
- Quelles nouvelles habitudes aimerais-je mettre en place ?
- Comment puis-je mieux organiser mes journées ?
- Quel objectif est réellement prioritaire cette année ?
L’erreur serait de vouloir tout changer du jour au lendemain, alors que les changements durables sont souvent les plus petits.
Allah aime les œuvres régulières, même lorsqu’elles sont peu nombreuses.
Et bien sûr, si d’autres questions te viennent au fil de tes réflexions, prends le temps de les explorer afin de trouver les réponses qui te correspondent.
Si l’année passée n’a pas été à la hauteur de tes objectifs, ne reste pas dans le regret.
Reviens vers Allah, demande-Lui pardon et invoque-Le afin qu’Il fasse de cette nouvelle année une année de progression, de constance et de rapprochement de Lui.
Et garde en tête que si tu n’es pas en train de t’élever, tu es certainement en train de descendre…
Et pour t’accompagner dans cette muhâsabah, invoque Allah avec cette belle duaa :
« اللَّهُمَّ أَعِنَّا عَلَى ذِكْرِكَ، وَشُكْرِكَ، وَحُسْنِ عِبَادَتِكَ »
« Ô Allah, aide-nous à T’évoquer, à Te remercier et à T’adorer de la meilleure des manières. »
(Traduction rapprochée, rapportée par Sunan Abi Dawud (n°1522) et Sunan an-Nasa’i (n°1303))
Qu’Allah nous accorde la sincérité dans nos œuvres,nous aide à nous remettre en question avant d’être interrogés, et fasse de chaque étape une occasion de nous rapprocher davantage de Lui.
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