L’apprentissage du Coran malgré un mal occulte est une réalité dont on parle très peu, alors qu’elle concerne davantage de musulmans qu’on ne l’imagine.
Certaines personnes poursuivent leur mémorisation du Coran tout en menant un combat intérieur invisible. Elles assistent à leurs cours, récitent leurs versets et révisent chaque jour… mais derrière ces efforts se cachent parfois une immense fatigue, des réactions pendant les adorations, une culpabilité permanente et la peur de devenir un poids pour les autres.
Peu à peu, une pensée revient sans cesse :
« Et si je faisais une pause ?
Et si je reprenais quand j’irai mieux ? »
Cette réflexion paraît logique.
Pourtant, elle peut conduire à s’éloigner progressivement du Livre d’Allah, alors même qu’il constitue l’une des plus grandes causes de guérison qu’Allah a accordées à Ses serviteurs.
Cet article est né d’un témoignage bouleversant.
Une élève de notre institut m’a un jour confié son histoire. Son message m’a profondément touchée et m’a poussée à échanger avec plusieurs sœurs vivant cette même épreuve, ainsi qu’avec l’une de mes professeures, afin de rassembler leurs conseils, leur expérience et les remèdes que l’Islam nous enseigne.
L’objectif n’est pas de parler médicalement des maux occultes, ni d’établir un diagnostic.
L’objectif est d’adresser un message à toutes celles et tous ceux qui se demandent aujourd’hui :
Comment continuer mon apprentissage du Coran malgré un mal occulte ?
Il y a quelques semaines, une élève m’a envoyé un message que je n’oublierai probablement jamais.
Depuis plusieurs années, elle était éprouvée par un mal occulte.
Malgré cela, elle continuait d’apprendre le Coran.
Elle assistait aux cours collectifs de l’institut avec beaucoup de courage.
Mais parfois, des crises survenaient pendant les séances.
Sa professeure faisait preuve d’une immense douceur.
Les autres élèves invoquaient pour elle, la rassuraient et cherchaient constamment à lui faciliter les choses.
Pourtant…
Elle ne voyait que la gêne qu’elle pensait leur causer.
Elle avait arrêté de chercher une binôme de révision.
Elle hésitait à poursuivre son apprentissage.
Et surtout, elle culpabilisait énormément.
Puis elle m’a écrit cette phrase :
« Parfois, je me sens comme un monstre. »
Cette phrase m’a profondément bouleversée.
Elle m’a rappelé plusieurs de mes amies qui m’avaient déjà confié vivre exactement la même épreuve.
J’ai alors pris conscience d’une chose.
Ces frères et ces sœurs sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense.
Ils souffrent souvent dans le silence.
Ils continuent malgré tout à préserver leurs prières.
Ils continuent à apprendre le Coran.
Ils continuent à assister aux cours.
Ils continuent à sourire.
Alors que personne ne mesure réellement le combat qu’ils livrent au quotidien.
Et pourtant…
Beaucoup finissent par croire qu’ils devraient s’éloigner du Coran jusqu’à leur guérison.
C’est précisément cette idée que les sœurs avec lesquelles j’ai échangé m’ont demandé de combattre.
Car abandonner le Coran n’est jamais la solution.
Lorsque j’ai demandé à plusieurs sœurs vivant cette épreuve quel conseil elles donneraient à une personne souffrant d’un mal occulte, une réponse est revenue systématiquement.
N’arrête jamais le Coran.
L’une d’elles m’a confié :
« Personnellement, je ne conseillerais jamais de faire une pause dans le Coran, quelle que soit la situation. Lorsque j’ai moi-même délaissé son apprentissage, même pour des objectifs religieux comme le tajwid, j’ai finalement eu beaucoup de mal à avancer dans ce pour quoi j’avais mis le Coran de côté. »
Ces paroles font réfléchir.
Lorsque l’on souffre physiquement, il est naturel de vouloir s’éloigner de ce qui semble provoquer une gêne.
Mais dans le cas du Coran, cette réaction peut être contre-productive.
Le Coran est une parole de miséricorde.
Une parole de guidée.
Une parole de guérison.
Allah تعالى dit :
« Nous faisons descendre du Coran ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants. »
(Traduction rapprochée, Sourate Al-Isrâ’, verset 82)
C’est pourquoi plusieurs des sœurs interrogées m’ont expliqué qu’elles avaient choisi une autre approche.
Plutôt que d’abandonner leur apprentissage…
Elles ont adapté leur rythme.
Certaines ont diminué la quantité de révision.
D’autres ont demandé à leur professeure d’alléger momentanément leur programme.
Certaines ont simplement accepté d’avancer moins vite.
Mais aucune ne regrettait d’avoir conservé ce lien quotidien avec le Livre d’Allah.
Car au fond, la véritable réussite n’est pas d’aller vite.
Elle consiste à ne jamais rompre le lien avec le Coran.
1. Ne laisse jamais Shaytan t'isoler
L’une d’elles m’a dit :
« S’il y a une chose contre laquelle je te mettrais en garde, c’est bien l’isolement. »
Au début, cela semble anodin.
On annule un cours.
Puis on n’ose plus chercher une binôme de révision.
Puis on prend peu à peu ses distances avec les autres frères et sœurs.
Petit à petit, cet isolement nourrit le désespoir, les insufflations de Shaytan et peut même aggraver l’épreuve.
Au contraire, entoure-toi de personnes bienveillantes.
Si un jour ton épreuve te met dans une situation embarrassante, rappelle-toi qu’Allah a placé la miséricorde dans le cœur de nombreux croyants.
Tu n’es pas seul.
2. Tu n'es pas ton épreuve
Beaucoup de personnes éprouvées développent une immense culpabilité.
Elles se sentent comme un poids.
Comme si elles dérangeaient constamment les autres.
Certaines vont même jusqu’à penser qu’elles sont un « monstre ».
Pourtant, ce sentiment ne définit pas la réalité.
Tu es un croyant ou une croyante éprouvé(e).
Et cette épreuve ne diminue en rien ta valeur auprès d’Allah.
Au contraire, le Prophète ﷺ nous a annoncé qu’Allah éprouve ceux qu’Il aime et qu’une immense récompense attend les patients.
D’après Jâbir ibn ‘Abdillah (qu’Allah l’agrée ainsi que son père), le Prophète ﷺ a dit :
« Le Jour de la Résurrection, lorsque les gens qui ont été éprouvés recevront leurs récompenses, ceux qui auront été préservés souhaiteront que leurs peaux aient été découpées par des cisailles dans la vie d’ici-bas. »
(Trauction rapprochée, rapporté par At-Tirmidhî, n° 2402, et jugé hasan par Al-Albânî.)
Ne laisse donc jamais cette épreuve te faire oublier qui tu es auprès d’Allah.
Les remèdes légiférés pour poursuivre l'apprentissage du Coran malgré un mal occulte
Lorsque j’ai demandé à l’une de mes professeures quels étaient les principaux remèdes face à cette épreuve, sa réponse a été très claire.
Avant toute chose, le croyant doit avoir une certitude profondément ancrée dans son cœur :
La ruse de Shaytan est faible.
Allah تعالى dit :
« Certes, la ruse de Shaytan est faible. »
(Traduction rapprochée, Sourate An-Nisâ’, verset 76)
Les djinns sont des créatures d’Allah.
Ils ne possèdent aucun pouvoir indépendant.
Ils ne peuvent nuire que par la permission d’Allah.
Le croyant ne place donc jamais sa confiance dans les causes elles-mêmes, mais dans Celui qui les a créées.
Les causes sont importantes.
Mais c’est Allah seul qui accorde la guérison.
1. Préserver les obligations avant de rechercher les remèdes
Il est parfois tentant de multiplier les séances de roqya, les écoutes ou les traitements, tout en négligeant les actes d’adoration les plus importants.
Pourtant, le premier remède reste celui qu’Allah a rendu obligatoire.
Commence par préserver :
- les cinq prières à l’heure ;
- la sincérité dans tes adorations ;
- l’éloignement des péchés ;
- la confiance en Allah (at-tawakkul).
Ces actes constituent le fondement de toute guérison.
2. Fais des adhkars ton plus grand bouclier
Toutes les personnes que j’ai interrogées insistaient sur ce point.
Les invocations de protection ne sont pas une simple habitude.
Elles sont une véritable arme pour le croyant.
Accorde une attention particulière :
- aux adhkars du matin ;
- aux adhkars du soir ;
- aux invocations avant de dormir.
Même lorsque ton cœur est fatigué.
Même lorsque tu ressens peu de concentration.
Continue.
L’invocation est un acte d’adoration avant d’être un moyen d’obtenir un résultat.
3. Fais-toi régulièrement ta propre roqya
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à penser que la roqya doit nécessairement être pratiquée par quelqu’un d’autre.
Or, le croyant peut pratiquer la roqya sur lui-même.
Tu peux notamment :
- réciter le Coran sur de l’eau puis en boire ;
- te laver avec de l’eau coranisée, en y ajoutant du sidr si tu en disposes ;
- réciter les sourates et invocations authentiques de protection sur toi-même.
Si ton état le nécessite, il est également possible de consulter un raqi connu pour sa droiture et son attachement au Coran et à la Sunnah.
Mais la première personne qui doit invoquer Allah pour ta guérison…
C’est toi.
4. Ne délaisse jamais la sourate Al-Baqara
Parmi les conseils qui revenaient le plus souvent figurait celui-ci :
Lis régulièrement la sourate Al-Baqara.
Si tu n’es pas en mesure de la lire entièrement, écoute-la régulièrement.
Le Prophète ﷺ nous a encouragés à préserver cette sourate en raison de son immense mérite.
Fais-en un compagnon de route.
Même lorsque tu avances lentement.
Même lorsque certains jours te semblent plus difficiles que d’autres.
Le plus important est de rester attaché au Livre d’Allah.
Pourquoi cette épreuve peut devenir une immense cause d'élévation
Lorsqu’on traverse une épreuve, il est bénéfique de se demander :
Qu’est-ce qu’Allah veut m’apprendre à travers cette épreuve ?
Combien de croyants ont découvert la douceur des invocations à travers leurs difficultés ?
Combien ont appris à placer leur confiance en Allah alors qu’ils pensaient auparavant pouvoir tout gérer seuls ?
Combien ont trouvé dans le Coran un refuge qu’ils n’auraient peut-être jamais cherché sans cette épreuve ?
Nous ne connaissons pas la sagesse précise qui se cache derrière chaque décret d’Allah.
Mais nous savons avec certitude qu’Il est Le Sage (Al-Hakîm).
Le croyant avance donc avec une conviction profonde :
Tout ce qu’Allah décrète renferme une sagesse, même lorsqu’elle nous échappe.
Peut-être que cette épreuve t’a rapproché d’Allah plus que des années de facilité.
Peut-être qu’elle t’a appris une sincérité dans les invocations que tu n’aurais jamais connue autrement.
Peut-être qu’elle est aujourd’hui une cause de purification, d’élévation et de retour vers ton Seigneur.
Le croyant ne choisit pas les épreuves qui le touchent.
Mais il peut choisir la manière dont il les traverse.
J’espère de tout cœur que ces quelques lignes auront été, par la permission d’Allah, une source de réconfort pour chaque frère et chaque sœur éprouvés par un mal occulte.
Si tu traverses cette épreuve, sache que tu n’es pas seul(e). Continue de t’accrocher au Coran, même lorsque cela te semble difficile. Allah voit chacun de tes efforts, même ceux que personne d’autre ne remarque.
Et si Allah t’a préservé de cette épreuve, prends un instant pour mesurer l’immense bienfait qu’Il t’a accordé. Rien n’est jamais acquis dans cette vie.
Attache-toi à tes invocations de protection, remercie Allah pour ce dont Il t’a préservé et n’oublie jamais qu’il est de notre devoir d’entourer nos frères et nos sœurs éprouvés de douceur, de patience et d’invocations.
Qu’Allah guérisse complètement tous nos frères et toutes nos sœurs éprouvés par les maux occultes, leur accorde une patience immense, raffermisse leurs cœurs sur Son obéissance, fasse de cette épreuve une purification et une élévation auprès de Lui, et leur accorde une guérison complète, durable et sans séquelles.
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